Mars 2019 : Coups de coeur…

 

2019-03.001

Le choix de Nicole

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Ma vie pour la tienne / Jodi Picoult

Présentation de l’éditeur :

Anna est une « enfant-médicament ». Elle seule peut encore sauver sa sœur. Mais Anna ne veut plus se sacrifier…

A treize ans, Anna a déjà subi de nombreuses interventions et transfusions afin que sa sœur aînée, Kate 16 ans, puisse combattre la leucémie qui la ronge depuis son enfance. Anna sait qu’elle a été conçue pour être génétiquement compatible avec Kate et qu’elle est son seul espoir. Cependant, lorsqu’on lui demande de faire don d’un rein, l’adolescente refuse. Elle veut disposer librement de son corps et ira jusqu’au bout pour se faire entendre…

S’inspirant d’un fait réel, Ma vie pour la tienne est un récit choral, qui donne la parole à tous les protagonistes. Ce roman subtil et profondément humain a déjà touché des millions de lecteurs dans le monde.

Extrait :

« Un service de cancérologie est un champ de bataille, régi par une hiérarchie bien définie. Les patients, ce sont eux qui montent la garde. Les médecins entrent et sortent en coup de vent, comme des héros conquérants, mais ils doivent lire le dossier de votre enfant pour se rappeler où ils en étaient restés lors de leur précédente visite. Ce sont les infirmières qui occupent le rang de sergents aguerris – elles sont là quand votre petite grelotte sous l’effet d’une fièvre si forte qu’il faut la baigner dans de la glace ; ce sont elles qui vous apprennent comment drainer un cathéter veineux central, ou vous indiquent l’étage où il reste des bâtonnets glacés à voler, ou vous disent quels sont les teinturiers capables de nettoyer les taches de sang et de chimiothérapie sur les vêtements. Les infirmières montrent à votre fille comment faire des fleurs avec les mouchoirs en papier pour décorer le pied à perfusion et connaissent le nom de son morse en peluche. Les médecins établissent peut-être les plans d’attaque, mais ce sont les infirmières qui rendent le conflit supportable. Vous les connaissez comme elles vous connaissent, parce qu’elles viennent prendre les places des amies que vous aviez dans une vie antérieure, celle qui a précédé le diagnostic… »

L’avis de Nicole : 8/10

 

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La femme aux fleurs de papier / Donato Carrisi

Présentation de l’éditeur :

La nuit du 14 au 15 avril 1912, tandis que le Titanic sombrait au beau milieu de son voyage inaugural, un passager descendit dans sa cabine de première classe, revêtit un smoking et remonta sur le pont. Au lieu de chercher à sauver sa peau, il alluma un cigare et attendit la mort.

Le 14 avril 1916, dans les tranchées du mont Fumo, quatre ans jour pour jour après le naufrage du Titanic, un soldat italien est fait prisonnier. À moins qu’il ne révèle son nom et son grade, il sera fusillé le lendemain à l’aube. Jacob Roumann, médecin autrichien, n’a qu’une nuit pour le faire parler. Mais le prisonnier veut diriger l’interrogatoire. Sa vie, décrète-t-il, tient non pas à une, mais à trois questions :
« Qui suis-je ?
Qui est Guzman ?
Et qui était l’homme qui fumait sur le Titanic ? « 

De cet instant se noue entre les deux ennemis une alliance étrange autour d’un mystère qui a traversé le temps et su défier la mort.

Extraits :

« Certains hommes viennent au monde pour réaliser quelque chose, d’autres sont ici pour rappeler au monde à quel point il est agréable de vivre. La seconde catégorie est tout aussi nécessaire que la première. »

« Ils l’appelaient guerre mondiale, mais au fond c’était toujours la même merde. Une génération prometteuse d’Autrichiens – les meilleurs fils de la patrie – était venue se faire trucider au nom d’un avenir qu’elle ne connaîtrait jamais. »

L’avis de Nicole : 9/10

 

Le choix de Laura

Tout cela je te le donnerai / Dolores Redondo

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Présentation de l’éditeur : 

Interrompu un matin dans l’écriture de son prochain roman, Manuel Ortigosa, auteur à succès, trouve deux policiers à sa porte.
Cela aurait pu n’être qu’un banal et triste accident – une voiture qui, au petit jour, quitte la route de façon inexpliquée. Mais le mort, Álvaro Muñiz de Dávila, est le mari de Manuel, et le chef d’une prestigieuse dynastie patricienne de Galice.
Dans ce bout du monde – sublime peut-être, mais aussi le plus archaïque de toute l’Espagne –commence alors pour Manuel un chemin de croix, au fil duquel il découvre qu’Álvaro n’était pas celui qu’il croyait. Accompagné par un garde civil à la retraite et par un ami d’enfance du défunt, il plonge dans les arcanes d’une aristocratie où la cupidité le dispute à l’arrogance.
Il lui faudra toute sa ténacité pour affronter ces fantômes de secrets impunis, pour lutter contre ses propres démons, et apprendre qu’un rire d’enfant peut mener à la vérité aussi sûrement que l’amour.

Extraits :

« Lire était une défense, un bouclier pour pallier ses difficultés à communiquer. Mais écrire était infiniment plus que cela. L’écriture était un palais, un gigantesque labyrinthe dont il arpentait, pieds nus et le sourire aux lèvres, les pièces secrètes où il s’arrêtait pour caresser des trésors. »

« Des coups impérieux à la porte. Il en compta huit, assurés, rapides, qui appelaient une réponse immédiate. Impossible à confondre avec ceux d’un visiteur, d’un ouvrier ou d’un livreur. Plus tard, il songerait qu’en fin de compte, c’est ainsi qu’on imagine que la police frappe. »

Mon avis : 9/10

Manuel aime Alvaro. Ils sont mariés depuis 10 ans. Manuel est romancier et il a déjà une belle carrière. Alvaro est dans les affaires. Ils habitent à Madrid.
Ce jour-là, la police vient apprendre à Manuel qu’Alvaro est mort dans un accident de la route mais il n’est pas du tout là où il devrait être.
Manuel va découvrir qu’Alvaro est d’une famille noble (il a hérité d’un titre de marquis), qu’il lui a légué toute sa fortune et qu’il y a un mystère derrière toute cette histoire.
Qui, en réalité, était Alvaro?
Un roman passionnant, plein de rebondissements et qui tient le suspense jusqu’aux dernières pages, des personnages qu’on a envie d’aimer ou de détester (parfois les deux ensemble). La description d’une belle région (la Galice) et une belle plume…
J’ai beaucoup aimé!

Voir sur mon blog « En terres étrangères » :

https://ocyaran.wordpress.com/2019/02/28/tout-cela-je-te-le-donnerai-dolores-redondo/

 

Le choix de Gerda

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Les disparus de la lagune / Donna Leon

Présentation de l’éditeur :

Le commissaire Brunetti, surmené par des dossiers compliqués, s’offre une retraite solitaire dans une superbe villa de l’île de Sant’Erasmo, loin de sa femme Paola et de son patron. Il a bien l’intention d’y passer ses journées à ramer sur la lagune vénitienne et à déguster des plats locaux. Mais soudain, le paradis vire au cauchemar quand le gardien de la villa, Davide Casati, disparaît lors d’un violent orage. Personne, pas même la femme qu’il rencontrait le soir en secret, ne sait où il se trouve. Brunetti prend aussitôt l’affaire en main, ignorant que son enquête va le mener à rouvrir d’anciennes blessures et à révéler des secrets scandaleux dissimulés depuis des années dans les brumes de la lagune.

Extraits :

« Le bateau s’arrêta et s’amarra. L a foule matinale des touristes débarqua. Ils partaient à la recherche des dentelles de Burano fabriquées en Indonésie et du verre de Murano fabriqué en Chine, certains que sur une île authentiquement vénitienne, ils trouveraient des produits authentiques. Et à petit prix. »

« Partout, nous avons creusé et abîmé, et fait ce que nous voulions avec la nature. Et regarde ça, avait-il dit en indiquant la lagune sur sa droite, nous l’avons empoisonnée, elle aussi. »

L’avis de Gerda : 9/10

C’est l’analyse d’une sorte de retraite par Brunetti. Il a besoin d’être seul (on ne comprend pas d’emblée la raison).

Les références à la littérature des Anciens (Grecs et Latins) sont constantes comme un ancrage à une base morale, à une stabilité. Quels ouvrages mettra Brunetti dans sa valise?

  • PLINE
  • HERODOTE, dans une nouvelle traduction
  • SUETONE et ses ragots piquants
  • EURIPIDE

Voilà de quoi sera meublé l’ermitage de ce commissaire très cultivé… J’estime qu’il ne faut pas lire la 4e de couverture car c’est du gâchis de divulgâcher comme ça !!

Il est passionnant d’apprendre certaines tractations, par exemple le prix auquel Judas l’Iscariote a vendu Jésus de Nazareth (Evangile de St Mathieu XXVI, 15) à savoir 30 pièces d’argent. Qu’est-ce que cela représente? (Google, chercher article « Les 30 deniers de Judas »). A combien marchande-t-on d’autres têtes aujourd’hui?

La publicité de ce polar l’apparente à un livre de Henning Mankell, je verrais, je n’ai pas achevé ma lecture…

 

Le choix d’Assunta

Un auteur : Ian McEwan

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Ian McEwan est un romancier et scénariste anglais, né le 21/06/1948

Il passe une grande partie de sa jeunesse en Extrême-Orient à Singapour, en Afrique du Nord (en Libye), et en Allemagne, où son père, officier écossais dans l’armée britannique, était en poste. Il fait ses études à l’Université du Sussex et l’Université d’East Anglia, où il est le premier diplômé du cours d’écriture créative créé par Malcolm Bradbury.

Ian McEwan s’impose sur la scène littéraire britannique avec des recueils de nouvelles comme Premier amour, derniers rites (First Love, Last Rites, 1975) qui remporte le prix Somerset Maugham en 1976. McEwan s’y montre fasciné par la perversion et l’interdit. Il explore tous les fantasmes les plus bizarres de la sexualité, les outrances et les excès auxquels l’amour peut conduire : crimes passionnels, crimes sadiques…

Viendront ensuite des romans et de nombreuses pièces radiophoniques. L’enfant volé (The Child in Time, 1987) reçoit le prestigieux Whitbread Novel Award (prix Costa) et, en France, le prix Femina étranger 1993. En 2017, le roman est adapté à la télévision avec Benedict Cumberbatch dans le rôle principal.

L’écrivain obtient l’un de ses plus grands succès avec Amsterdam (1998), un ouvrage sur l’ambition et l’adultère qui alimente la controverse. Le livre a été couronné par le Booker Prize for Fiction 1998.

Il explore le monde de l’enfance à travers ses multiples facettes, étudiant également les effets pervers et durables sur une vie d’adulte des actions commises durant l’enfance, comme par exemple dans Expiation (Atonement), 2001. Il s’agit de son roman le plus connu, à l’origine du film Reviens-moi réalisé par Joe Wright en 2007, à la réalisation duquel il participe en tant que producteur exécutif.
Son ouvrage Dans une coque de noix (Nutshell, 2016), va plus loin encore dans l’exploration de l’enfance, si l’on peut dire, puisqu’il lui prend la fantaisie d’imaginer les perceptions du fœtus dans le ventre maternel.

Il habite dans la City de Londres près de la gare St Pancras, une vaste maison victorienne qui apparaît dans son roman Samedi (Saturday, 2005).

Son site : http://www.ianmcewan.com/

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Dans une coque de noix

Extrait :

« À l’étroit dans le ventre de ma mère, alors qu’il ne reste plus que quelques semaines avant mon entrée dans le monde, je veille. J’entends tout. Un complot se trame contre mon père. Ma mère et son amant veulent se débarrasser de lui. La belle, si belle Trudy préfère à mon père, John, poète talentueux en mal de reconnaissance et qui pourtant l’aime à la folie, cet ignare de Claude. Et voilà que j’apprends que Claude n’est autre que mon oncle : le frère de mon père. Un crime passionnel doublé d’un fratricide qui me fera peut-être voir le jour en prison, orphelin pour toujours ! Je dois les en empêcher. »

L’avis d’Assunta : 9/10

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L’intérêt de l’enfant

Présentation de l’éditeur :

A l’âge de cinquante-neuf ans, Fiona Maye est une brillante magistrate à la Haute Cour de Londres où elle exerce en tant que spécialiste du droit de la famille. Passionnée, parfois même hantée par son travail, elle en délaisse sa vie personnelle et son mari Jack. Surtout depuis cette nouvelle affaire : Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans atteint de leucémie, risque la mort et les croyances religieuses de sa famille interdisent la transfusion sanguine qui pourrait le sauver. Avant de rendre son jugement, Fiona décide soudainement de se rendre à l’hôpital pour rencontrer Adam. Mais cette entrevue, au cours de laquelle elle découvre un jeune homme romantique, poète et musicien, la trouble. Désormais impliquée personnellement, la magistrate décide de tout faire pour sauver Adam. Seulement sa décision n’est pas sans conséquences et elle se retrouve unie au garçon par un lien étrange qui pourrait bien causer leur perte.
Dans ce court roman, Ian McEwan allie avec justesse la froideur de la justice à la poésie et à la musicalité qui imprègnent la vie des personnages. Dans un style limpide, il construit une de ces ambiances oppressantes dont il a la clé et fait preuve d’une complexité thématique impressionnante. A la lecture, les certitudes se dérobent : où s’arrête et où commence l’intérêt de l’enfant ?

Extrait :

« … le bien-être était un concept en mutation, qu’il fallait évaluer avec les critères de l’honnête homme – ou femme – d’aujourd’hui. Ce qui suffisait une génération auparavant pouvait désormais se révéler inadéquat. Et, là encore, ce n’était pas à un tribunal civil de trancher entre des croyances religieuses ou des divergences théologiques. »

L’avis d’Assunta : 9/10

 

Le choix de Colette

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Le jardin de ciment / Ian McEwan

Présentation de l’éditeur :

« Je n’ai pas tué mon père, mais parfois j’ai l’impression de l’avoir un peu poussé dans la tombe » : ainsi parle Jack, quatorze ans, témoin et acteur d’une aventure peu commune… Ils sont quatre orphelins deux frères, deux sœurs livrés à eux-mêmes dans une maison isolée. Affranchis de l’autorité des adultes, à la fois ravis et apeurés, ils n’ont qu’un désir: se débrouiller seuls, et garder secrète aussi longtemps que possible la disparition de leurs parents. Ivres de liberté, liés par le poids d’un silence trop grand pour eux, ils se regardent partir lentement à la dérive…
Un roman profondément troublant, original et parfaitement maîtrisé, par l’un des « enfants terribles » de la littérature anglaise.

Extrait :

« Les filles peuvent se mettre en jeans, avoir les cheveux coupés court et porter des chemises et des bottes parce que c’est très bien d’être un garçon, que, pour une fille, c’est une promotion. Mais avoir l’air d’une fille quand on est un garçon, c’est dégradant selon toi, parce que, secrètement, tu penses que c’est dégradant d’être une fille. Sinon, pourquoi trouverais-tu que c’est humiliant pour Tom de porter une robe ? »

L’avis de Colette : 8/10

 

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Un de Beaumugnes / Jean Giono

Présentation de l’éditeur :

A la « Buvette du Piémont », un vieux journalier est attiré par un grand gars qui parait affreusement triste et provoque ses confidences : Albin venait de la montagne, de Baumugnes. Trois ans auparavant, il était tombé amoureux fou d’une fille qui s’est laissé séduire par le Louis, « un type de Marseille, un jeune tout creux comme un mauvais radis». Le Louis ne lui avait pas caché que son intention était de mettre la fille sur le trottoir.
Depuis, Albin était inconsolable, traînant de ferme en ferme, sans se résoudre à remonter à Baumugnes.
Alors le vieux, qui n’est que bonté, décide d’aider Albin…
Rempli d’amour, de tendresse et de fraîcheur, Un de Baumugnes est le second roman de la trilogie de Pan, les deux autres étant Colline et Regain.

Extrait :

« -Qu’est ce que c’est que ça, Clorinde?
Ça, c’était une musique de vent, ah, mais une musique toute bien savante dans les belles choses de la terre et des arbres.
Ça sentait le champ de maïs ténébreux : de longues tiges et de larges feuilles.
Ça sentait la résine et le champignon et l’odeur de la mousse épaisse.
Ça sentait la pomme qui sèche.
– Ça fait Clorinde, c’est lui en bas, qui se désennuie en jouant de la musique. C’est comme ça tous les jours. C’est rudement beau
Oui, c’est rudement beau.
Et ça poignait durement dans le milieu du ventre comme quand on vous dit l’expression de toute la vérité bien en face. »

L’avis de Colette : 10/10

 

Le choix de Noële

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Le cercle Pouchkine / Simon Montefiore

Présentation de l’éditeur :

Moscou, 1945. Tandis que Staline et ses courtisans célèbrent la victoire sur Hitler, des coups de feu retentissent. Sur un pont proche du Kremlin, deux adolescents, un garçon et une fille, gisent inertes. Meurtre passionnel ? Suicide romantique ? Pour la police, il ne s’agit pas d’une affaire ordinaire : ces deux adolescents étaient les enfants de dirigeants soviétiques haut placés et fréquentaient l’école la plus prestigieuse de Moscou. Celle-la même qui accueille les enfants de Staline. Plus terrible encore : un carnet de velours a été retrouvé sur le lieu du crime. À l’intérieur, les fondements d’un parti  » romantique  » qu’auraient souhaité créer les membres du Cercle Pouchkine. Et si ces adolescents passionnés de littérature russe avaient cherché à renverser le régime ? Emportés dans la tourmente de cette vaste enquête dirigée par Staline lui-même, Serafima, la fille de la coqueluche de Moscou, et Andreï, fils d’un exilé, se retrouvent piégés, victimes d’une chasse aux sorcières qui les dépasse. Un à un, les élèves signataires du Cercle sont convoqués dans la pire des prisons moscovites, forcés de témoigner contre leurs amis… mais aussi contre leurs parents. Qui sait ce qu’ils pourraient révéler ? Secrets de famille, histoires d’amour illicites, dans un monde occulté par la peur, où la fortune ne protège personne, la moindre erreur pourra leur coûter la vie…

Extrait :

Une enchanteresse aimante
M’a donné son talisman.
Elle m’a dit avec tendresse :
Tu ne dois pas le perdre.
Son pouvoir est infaillible,
Il t’a été donné par l’Amour.
                      Alexandre POUCHKINE, Le talisman

L’avis de Noële : 7/10

 

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Un auteur : Eric Holder

Éric Holder est un romancier né à Lille en 1960, mort à Queyrac en 2019.

Il passe son enfance en Provence. Il commence à écrire très tôt, et se voit refuser son premier manuscrit en 1976, par André Bay, (des éditions Stock), qui l’encourage à se remettre au travail. Après avoir obtenu son bac en 1979, il étudie le chinois à l’Université d’Aix en Provence et devient garde malade pour un temps. Puis en 1980 il emménage à Paris où il exerce divers petits boulots. Quatre ans plus tard, en 1984, il inaugure avec ses Nouvelles du Nord le catalogue d’une nouvelle maison d’édition, Le Dilettante.

C’est en 1985 qu’il publie son premier roman Manfred ou l’hésitation. Les romans qui suivront lui vaudront d’obtenir de nombreux prix littéraires, l’auteur est salué pour la grâce et la légèreté avec lesquelles il raconte la vie quotidienne des sentiments.

En 1989 il reçoit le Prix Fénéon pour Duo Forte publié chez Grasset. En 1994, La Belle Jardinière, publié au Dilettante, obtient le prix Novembre. En 1996, Eric Holder reçoit le Prix Roger Nimier pour les nouvelles En Compagnie des Femmes.
C’est en 2000 que paraît La Correspondante, livre le plus abouti d’Éric Holder et roman à part entière.

Ses romans, Mademoiselle Chambon (1996), L’Homme de chevet (1995) et Bienvenue parmi nous (1998) ont été adaptés au cinéma en 2009 et 2012.

Il a présidé en 2010 le jury du concours de nouvelles d’Ozoir-la-Ferrière.

D’abord installé un temps à Paris, puis dans un hameau de la Brie à Thiercelieux ; il vivait depuis 2005 dans le Médoc, près de Pauillac. Éric Holder a tenu, pendant trois ans, une bouquinerie en pleine campagne, dans une dépendance de leur thébaïde du Médoc.

L’avis de Noële : 10/10

 

Une découverte : Mathias Malzieu

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Mathias Malzieu est un chanteur, musicien et écrivain français, né à Montpellier en 1974.

Un temps tenté par la carrière de tennisman, une blessure le force à renoncer à son rêve. Pendant sa convalescence, il se met à écrire des chansons en jouant de sa guitare.
En 1993, il fonde avec ses amis de lycée Éric Serra-Tosio, Michaël Ponton et Guillaume Garidel (la chanteuse et violoniste Babet les rejoindra en 1997) le groupe Dionysos, qui devient l’un des groupes de rock les plus populaires de France avec les albums Haiku en 1999 et Western sous la neige en 2002, porté par la chanson Song for Jedi, pour lequel le groupe récolte un disque d’or et une nomination aux Victoires de la musique.

En parallèle, Mathias Malzieu mène une carrière d’écrivain. Il écrit un recueil de nouvelles, 38 mini westerns avec des fantômes (2003), et deux romans. Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi (2005) a été écrit après le décès de sa mère et en l’honneur de sa sœur Lisa, et a inspiré l’album Monsters in Love. Il a été suivi en 2007 par La Mécanique du cœur, dont on retrouve des éléments de l’histoire dans l’album musical du même nom.

Il a également écrit des textes pour d’autres interprètes, notamment Olivia Ruiz, qui a été sa compagne de 2005 à 2011. En 2010, il fait une apparition dans le film Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar dans lequel il interprète un musicien de Serge Gainsbourg sur scène sur la chanson Nazi Rock avec ses compères de Dionysos.

En 2011 est publié son roman Métamorphose en bord de ciel qui va permettre d’inspirer quelques chansons de l’album Bird ‘n’ Roll de Dionysos sorti en mars 2012. Un nouveau roman, Le plus petit baiser jamais recensé, est paru en 2013. En 2014, il adapte La Mécanique du cœur en film d’animation intitulé Jack et la Mécanique du cœur, dont il est coréalisateur avec Stéphane Berla.

Mathias est atteint d’une aplasie médullaire et est contraint de subir une greffe de moelle osseuse en 2013. Lors de son hospitalisation, il rédige un journal intime intitulé Journal d’un vampire en pyjama, qui est édité en 2016, ainsi qu’un nouvel album homonyme. Le livre obtient le Prix France Télévision – Essai 2016 et le Grand Prix des lectrices Elle – Documents 2017.

Début 2019, les éditions Albin Michel publient son roman Une sirène à Paris.

page Facebook : https://www.facebook.com/MathiasMalzieuDionysos/
Twitter : https://twitter.com/mathiasmalzieu

 

Le choix de Monique

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M.Hulot à la plage / David Merveille

https://www.ricochet-jeunes.org/livres/monsieur-hulot-la-plage

L’avis de Monique : 10/10

 

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Montrez-moi vos mains / Alexandre Tarraud

Alexandre Tharaud, pianiste à lire absolument

Par le biais d’une conversation avec le musicologue Nicolas Southon autour de sa discographie, était déjà présent dans nos bibliothèques avec l’ouvrage Piano intime paru en 2013. Aujourd’hui, bien au-delà d’une simple biographie, Montrez-moi vos mains lève le voile sur la manière dont le musicien aborde son métier, et sur le quotidien d’un pianiste qui voyage pour transmettre et émouvoir.

On appréhende toujours un ouvrage biographique sur une grande personnalité du monde artistique. Les musiciens ne couchent que rarement leurs mots sur le papier (et souvent maladroitement), préférant l’aide d’une plume intermédiaire qui n’extrait généralement de leurs pensées qu’un simple objet commercial sans véritable saveur. Devrions-nous alors ne côtoyer qu’à travers ses concerts ou son dernier disque, pour éviter toute déception ?

Construit autour de chapitres courts, de phrases rythmées et souvent percutantes, d’un discours clair et dynamique, ce livre peut intéresser autant les inconditionnels de musique que les novices, autant les musiciens professionnels que les simples spectateurs, autant le public du pianiste que ceux qui n’ont jamais entendu son jeu. Mais au-delà de l’accessibilité de cet écrit, c’est sa richesse qui en fait sa principale force. Riche d’humanité, de sensibilité, de recul, d’humour. De sincérité surtout. Parce qu’Alexandre Tharaud révèle sans détour ses faiblesses (« mes petites granules [homéopathiques], mon corps et moi, […] on s’écoute et on se tient les coudes »), ses obsessions (il ne dort que dans des chambres dont le numéro est un multiple de 9) et ses peurs (« la peur du trou de mémoire me tordait les boyaux depuis des années »). Sa solitude, son repli, il les vit comme une nécessité : « seul, pour mieux partager ».

Touchante aussi, l’évocation du souvenir de Bucéphale, son piano qui l’a conduit à ses premiers pas de concertiste, « mon ami intime, mon frère », et dont il recherche encore l’odeur à chaque répétition, à chaque concert. L’instrument est un compagnon de route, un compagnon de vie : tous les musiciens vous le diront. Mais la singularité de ce pianiste est qu’il vit en « SPF – sans piano fixe ». Les instruments qu’il découvre au fil des concerts sont aussi la source de son interprétation : « Une inégalité, une note enrouée, une raideur mécanique, un clavier pesant, trop vif, voilà de belles opportunités pour s’adapter, emprunter de nouvelles voies. »

Solitaire mais observateur, Alexandre Tharaud se lie à chaque personne qu’il rencontre sur son chemin d’artiste : la qualité des portraits dans cet essai l’atteste. Quelle sensibilité avec cet agent de sécurité, à quelques minutes d’entrer en scène, dont Alexandre Tharaud s’inquiète de savoir s’il ne va pas s’ennuyer durant le récital ; avec ces accordeurs de piano qui travaillent en osmose avec l’interprète pour proposer le meilleur potentiel possible au piano du soir ; avec les journalistes et l’impact si éphémère de leurs articles de presse ; avec les tourneurs de page, ses « compagnons de route » depuis que le pianiste a décidé de ne plus jouer de mémoire… C’est avec finesse, humour et bienveillance que l’interprète trace aussi plusieurs portraits de spectateurs, n’hésitant pas à fournir un manuel de bienséance à son public.

Mais cet essai, c’est surtout de la musique : « Bach demande une concentration permanente », « on est nu chez Mozart », « Chopin tient en équilibre », « Rachmaninov procure une grande aisance », « on joue Ravel en chirurgien minutieux », « Satie ne s’interprète pas, il se délivre dans le renoncement… » Lorsqu’il est en manque d’inspiration, son jeu s’imprègne de la sagesse d’Emil Gilels, de la fluidité de Rudolf Serkin, de la cohésion d’Arturo Benedetti Michelangeli, de la folie de Samson François… L’histoire du métier d’interprète, de la facture de l’instrument, du rituel du récital : tout cela est abordé avec fantaisie (« Jeu de mains jeu de vilains, Dussek a inventé le soliste-prédateur ») et toujours beaucoup d’humilité (« C’est à eux [les facteurs], véritables aventuriers, que nous devons notre métier. […] Nous sommes les humbles échos de vos audaces d’alors »).

 

https://next.liberation.fr/livres/2017/08/09/alexandre-tharaud-le-soliste-et-ses-fantomes_1589093

Posté face à la scène, le spectateur trouve le côté jardin à sa gauche, le côté cour à sa droite. Pour s’en souvenir, il suffit de penser à Jésus-Christ, jardin-cour. De la scène, l’artiste sait que le côté cour est à sa gauche, car cœur comme cour. Alexandre Tharaud évoque cour et jardin dans son ouvrage Montrez-moi vos mains, mais il parle aussi beaucoup de cuisine. Le pianiste international, fierté française au large répertoire, maigre silhouette mais amoureux des desserts, se montre merveilleusement disert quand il raconte les coulisses d’une carrière, la partie immergée du clavier, la cuisson du récital. Et sa tambouille se dévore.

Avec l’apparence du naturel, Tharaud déroule un récit sophistiqué, construit en trois parties («Naissance», «Désir», «Feux»). Le pianiste démonte les mécanismes de son quotidien en même temps qu’il raconte à peu près chronologiquement une journée de récital. Tharaud ne se prive pas d’harmoniser ses courts chapitres : tous déroulent un thème (la projection du son, les trous de mémoire, le chiffre 9…) qui se rattache au fil des paragraphes à un environnement plus large (les accordeurs, les tourneurs de page, la numérologie…). Son long périple vers le clavier est imbriqué dans un voyage plus ample et qui le dépasse : celui de la naissance du pianiste soliste, racontée par petites touches, depuis les années 1830, avec le compagnonnage et l’ambivalence entre Chopin et Liszt, l’importance des facteurs de piano, les grandes évolutions et figures totémiques, la généalogie aujourd’hui asséchée.

Piscines

Que le lecteur ne s’attende pas à découvrir ici des anecdotes folles (encore que celle du spectateur chinois qui monte sur scène pendant le récital pour photographier le pianiste est bien barrée) ou encore le secret du mystère d’un concert réussi (il n’y en a pas, tout est affaire d’adaptation et d’acceptation, depuis le premier geste du matin). Ce que raconte Alexandre Tharaud n’a rien de neuf : les éclairages historiques se retrouvent dans les dictionnaires de musique, la vie des solistes au gré des hôtels est visible dans une avalanche de documentaires télé, et le ressenti de Tharaud sur tel ou tel compositeur nourrit ses interviews. On est pourtant aspiré par l’ouvrage, qu’on avale d’une traite en en redemandant 100 pages supplémentaires. Car la valeur de Montrez-moi vos mains réside incontestablement dans la personnalité complexe et attachante de son auteur. Pianiste ? Bof. Plutôt homme-théâtre : père baryton, mère danseuse, sœur prof de chant. Petit, le bonhomme construisait des maquettes de salles de spectacles. Plus grand, devenu insomniaque, il se perd tant entre les touches de l’instrument qu’il refuse d’en avoir un chez lui. Quand Tharaud, musicien sans instrument, évoque le piano ou la musique, ce sont directement le piano et la musique qui par lui s’expriment.

Le garçon pâle, assidu des piscines internationales où il noie les décalages horaires, se veut pourtant humble passeur, un filtre éclairé, entre la partition et le public, qui désire se faire oublier. Mais comment le peut-il ? Lui, la star multisupport – disques, concerts, films, et qui maintenant écrit ? Pour prouver son statut de fantôme, Tharaud raconte sa vie d’errances, le caractère passif des journées de concert, où il attend, écoute son corps, observe les autres, juge les lieux, pense aux absents, parle avec les morts. Jamais mécontent mais toujours un peu nostalgique. Puis le pianiste rend justice à une batterie d’invisibles, son armée, qui rôde comme lui autour des claviers : accordeurs, tourneurs de pages, agent, producteurs, organisateurs, professeurs… Ce sont aussi eux qui façonnent la géographie d’une interprétation : quels sont les territoires partagés avec l’accordeur, le soliste choisit-il ses concerts, qui décide des programmes ?

Cocon

Tharaud se dévoile lorsqu’il compile les tours du monde : des salles qu’il a pratiquées, des compositeurs qu’il aime, des spectateurs qu’il voit de profil. Le pianiste à la mémoire rongée par les somnifères connaît pourtant sur le bout des doigts toutes les pièces du puzzle qui se construit et se défait à chaque récital : les tousseurs, les anti-tousseurs, Madeleine et son bonbon bruyamment déballé, les fleurs dont on ne sait que faire, le dernier applaudissement qui clôt le spectacle, le grésillement du haut-parleur quand on appelle l’artiste dans sa loge, l’interdiction des ascenseurs, les deux pompiers dans la coulisse… Tous ces éléments qui se mettent en place, Tharaud les aime, même les plus désagréables, car ils sont là, ils adviennent. Le soliste passe sa vie à voyager pour retrouver un cadre immuable, et sa course incessante aboutit à un cocon rassurant. «Le bruissement du public semble encore loin, il se trouve pourtant à quelques mètres. Nous vivons un décalage. Eux dans le déploiement de la parole, avant le silence imposé, moi dans le recueillement. Je suis là, ils ne le savent pas encore. De son casque, le régisseur reçoit les ordres. La salle s’obscurcit à son tour. Nous voilà à égalité. Personne ne dit mot. Les projecteurs enflamment la scène, je n’attends que le signe du régisseur pour enjamber la frontière invisible, un grand bond dans le vide, en une fraction de seconde me retrouver chez moi.»

Guillaume Tion

L’avis de Monique : 9/10

 

Le choix d’Alberte

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Un auteur : Colin Dexter

Norman Colin Dexter, plus connu sous son nom de plume Colin Dexter, est un auteur britannique de romans policiers, né à Stamford en 1930 et décédé à Oxford en 2017.

Il a fait ses études à Cambridge dont il sort diplômé en 1953. Il commence alors une carrière d’enseignant de grec et de latin dans des établissements des Midlands. Affecté par de graves problèmes de surdité (comme le personnage de son roman Les silences du Professeur), il trouve, en 1966, une place au Centre des examens de l’Université d’Oxford où il s’installe définitivement.

À l’instar de son créateur, le personnage de l’inspecteur principal Morse, du CID (Criminal Investigation Departement), mélomane et grand amateur de bière devant l’Éternel, est passionnément attaché à sa ville d’adoption. Il sera le héros d’une série de 13 romans et un nombre indéterminé de nouvelles.

Le personnage de l’Inspecteur Morse est devenu le héros d’une série télévisée britannique à succès, dans laquelle chaque épisode voit apparaître fugacement Colin Dexter, à la façon d’un Alfred Hitchcock.

L’avis d’Alberte : 10/10

Bijoux de famille / Colin Dexter

Présentation de l’éditeur :

De l’inspecteur Morse qui fait son entrée dans le club des  » Grands détectives « , son créateur a avoué qu’il est un personnage semi-autobiographique :  » Morse partage ma passion pour Wagner, les mots croisés, la bière et les femmes. J’ai voulu qu’il soit très intelligent : j’ai toujours admiré les gens qui remplissent une grille de mots croisés en deux minutes. Ils ont une agilité intellectuelle et une façon d’aller droit au but qui me fascinent. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours aimé les héros de John Dickson Carr : le Dr. Gideon Fell et Sir Henry Merrivale.  » On verra, en lisant Bijoux de famille et Mort d’une garce que l’inspecteur Morse est bien digne de ces glorieux aînés, et pourquoi il est devenu, outre-Manche, devant Hercule Poirot et Sherlock Holmes, le héros préféré des amateurs d’histoires policière

L’avis d’Alberte : 10/10

 

Le choix de Michelle

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Le grand Santini / Pat Conroy

Présentation de l’éditeur :

Entrez dans le monde épouvantable, fier et cruel, de Bull Meecham, dit « Le Grand Santini »!

Bull, comme son prénom l’indique (Taureau), n’est pas un personnage de tout repos. As de l’aviation américaine, marine farouche, pétri de morale catholique et de principes d’ordre, il mène la vie dure à ses surbordonnés, bien sûr, mais surtout à sa famille. Sa femme Lilian est partagée entre l’amertume et l’admiration du héros. Et ses quatre enfants supportent tant bien que mal l’autorité démentielle du tyran. Ben, notamment : à dix-huit ans, âge où, en 1962, dans un milieu conservateur, se forger une personnalité n’est guère aisé, il va devoir affronter le Père.

Pat Conroy, on le sait depuis Le Prince des marées, est un maître dans l’art de mettre en scène les drames familiaux, de décrire les passions les plus violentes sur fond d’Amérique puritaine et sudiste.

Le Grand Santini est un grand livre sur la haine et l’amour.

Extrait :

« […] … – « Tu aimes bien gagner, hein, p’pa ? » dit-il d’un ton qui se voulait détaché, maîtrisé, mais où perçait la peur.

Bull s’approcha encore jusqu’à ce qu’ils fussent presque nez contre nez, comme Ben l’avait vu faire aux instructeurs avec les recrues. Bull se mit à lui frapper le menton du bout de l’index. « Tu fais le malin avec moi, rigolo, et je te fais rejoindre ta mère là-haut à coups de pompes dans le train. Comme ça vous pourrez chialer entre gonzesses. Tu vas venir te défendre. Deux d’avance pour gagner.

– Non, papa, je ne rejoue pas. J’ai gagné, » dit Ben d’une voix qui se brisait. Il se sentait sur le point de pleurer.

Cela n’échappa point à son père. « Vas-y, le chéri à sa maman. Mais vas-y, je veux te voir chialer, » rugit Bull de toute la puissance de sa voix. Une voix de terrain d’exercices, une voix à couvrir le sifflement des réacteurs, à se faire entendre au milieu du vacarme des combats. Il prit le ballon de basket-ball et l’envoya rebondir sur le front de son fils. Celui-ci tourna les talons pour gagner la maison, mais Bull se mit à le suivre, lui envoya le ballon dans la tête à intervalle de trois pas. Il psalmodiait : « Chiale, chiale, chiale » Chaque fois que la balle rebondissait sur le crâne de son fils. Ben traversa la cuisine, traversa le salon, sans jamais lever les mains derrière la tête pour se protéger ni tenter d’esquiver. Il marchait et, faisant appel à tout son pouvoir de concentration, s’efforçait de ne pas pleurer. C’était tout ce qu’il entendait retenir de cette expérience, l’assurance de n’avoir pas pleuré. Il voulait montrer à son père un aspect de son courage et de sa dignité. Le ballon continua de lui persécuter la tête pendant la montée de l’escalier. Ce crâne aux cheveux courts, raidi par le récent passage chez le coiffeur, cette tête en cet instant vulnérable, désemparée, haïe. Ben savait que dès qu’il atteindrait sa chambre, l’épreuve prendrait fin. Et qu’il aurait la nuit pour réfléchir à tous les symboles de cette longue marche : la tête des fils, l’orgueil des pères, les vainqueurs, les perdants, le visage des épouses battues, la peur des familles, les samedis sous le règne du Grand Santini – mais d’abord, dans le couloir et les escaliers, il ne faut pas que je pleure, il ne faut pas que je pleure. Jusqu’à ce que sa chambre fût en vue. Il se mit à courir et, la tête saisie d’une douleur lancinante, il sentit que Bull le relâchait, le libérait, et le fils du pilote de chasse se jeta à plat, ventre sur son lit, de crainte que les larmes ne jaillissent s’il ne les endiguait dans la fraîcheur de l’oreiller. Il entendit son père qui disait, planté sur le seuil en sorte que toute la famille pût l’entendre : « Tu es ma fille préférée, Ben. Je jure devant Dieu que tu es la petite chérie à son papa. »

Alors, se tournant vers la porte, aveuglé par les larmes et la lumière, Ben rétorqua : « Oui, papa, et la petite chérie t’a battu à plates coutures. »

La porte se referma violemment. … […] »

L’avis de Michelle : 9/10

 

Le retour de Jim Lamar / Lionel Sälun

Capture d’écran 2019-04-13 à 19.06.57

Présentation de l’éditeur :

Jim Lamar? « Quand je dis que c’est pas lui, je veux dire que c’est plus lui. » Voici le commentaire qui accueille après treize ans d’absence le revenant, le rescapé de la guerre du Vietnam. Un pays dont on se soucie peu ici à Stanford: l’interminable Mekong est si loin du boueux Mississippi. Et le retour tardif de Jim – Saigon a été abandonné depuis de longues années par les troupes américaines – n’est plus souhaité par personne. Son intention de se réapproprier la ferme familiale, objet de toutes les convoitises, et ses manières d’ermite dérangent tout le monde. Tout le monde, à l’exception du jeune Billy qui, en regardant et en écoutant Jim le temps d’un été, va en apprendre bien plus sur les hommes que durant les treize années de sa courte existence.

Extrait :

« Il y a quand même une chose que tu dois savoir. Il y a trois sortes de gars qui sont revenus de là-bas: les vivants, les morts et les morts-vivants ! Et quelque chose me dit que Jim Lamar fait partie de la troisième catégorie… »

L’avis de Michelle : 9/10

 

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